Quand Henri Fabre nous parlait du Canard
Tout d'abord, pourquoi ce nom donné au célèbre hydravion ?
Le journaliste évoque "l'allocution pleine de bonhomie de Monsieur Fabre" qui, dans ses remerciements, a pris soin de citer "nos maîtres les oiseaux et particulièrement les canards qui, en amerrissant sur l'Etang de Berre, les pattes écartées, préfiguraient les premiers flotteurs."
Henri Fabre poursuivit en expliquant comment à la vue des canards venant se poser sur l'Etang de Berre, ce qui paraissait impossible à réaliser s'ancra petit à petit dans son esprit pour devenir finalement une idée-force.
Un récit d'Henri Fabre : le premier décollage du Canard
Mars 1935 : le quotidien "Marseille-matin" présente à ses lecteurs un long et passionnant article, après une interview d'Henri Fabre, sous le titre : "Une date dans l'Histoire de l'Aviation :
le 28 mars sera célébré le 25e anniversaire du premier vol en hydravion"
Henri Fabre raconte ses premiers essais du Canard. Le journaliste souligne que l'inventeur exprime son émotion et sa joie avec simplicité, à la manière des savants modestes :
"L'appareil était prêt. Il s'avançait, à la remorque de l'Essor, vers le milieu de l'Etang de Berre, par un temps idéalement calme, puis était accosté par l'arrière contre le flanc du vapeur, l'hélice à la portée de la main de l'équipage, qui mit en route.
Avec l'espace de tous côtés autour de moi, je m'élançais à grande allure. Sur cette surface paisible, aussi plane qu'un miroir, c'était une locomotion délicieusement simple et douce ; le rotatif, très éloigné de moi, ne me transmettait même pas ses trépidations.
Longtemps, je continuais ce rapide hydroplanage, sans ouvrir en plein les gaz,et ainsi risquer l'envol. je rentrais à bord, pour jouir, dans une calme réflexion, de ce premier résultat."
Puis, Henri Fabre décrit son premier décollage :
"La main sur la manette d'admission, je laissais l'appareil se lancer : un des flotteurs arrière se souleva, je ralentis, et un réglage de point mort du gauchissement me permit de modifier l'incidence relative des deux ailes. J'accélérai de nouveau : cette fois, les deux flotteurs arrière se soulevèrent en même temps, l'appareil s'équilibrant sur le flotteur avant qui finit lui-même par quitter l'eau : j'étais en l'air, glissant et bourdonnant à quelques mètres au-dessus de cette mer d'huile, dans l'atmosphère endormie."
Eliane De Zerbi-Sebille




